Faut-il apprendre aux jeunes à cuisiner à l’école ?

Durant mon parcours académique, j’ai organisé de nombreux ateliers culinaires dans des écoles primaires et secondaires afin d’enrichir mon bagage professionnel et personnel. À la fin de ceux-ci, on me répétait souvent à quel point les ateliers culinaires étaient plaisants et enrichissants pour les élèves.

À la suite de recherches sur les exigences académiques, j’ai pu remarquer que les cours de cuisine ne font pas partie des curriculums des écoles primaires et secondaires au Québec et que les notions de nutrition ne sont que faiblement effleurées*. Pourtant, un bon nombre d’étudiants doivent mettre en pratique ces connaissances au moment où ils quittent le nid familial pour débuter le Cégep ou l’Université. Une étude menée à l’Université de Rochester (États-Unis), auprès de plus de mille étudiants newyorkais démontre que ceux-ci cuisinent, en moyenne, moins d’un repas par jour et que, par semaine, moins de trois de leur repas contiennent des légumes [1,2].

Sans compétences culinaires, plusieurs jeunes se tournent vers les mets préparés, souvent constitués d’aliments ultra-transformés.

En apprenant à cuisiner à l’école, les jeunes pourraient répondre à certains critères de connaissances de Science et Technologie et Éducation Physique exigées par le « Programme de formation de l’école québécoise » [3-5] du Ministère de l’Éducation du Québec, dont « Transformation de la matière », « Fonction de nutrition » et « Les habitudes de vie saines et actives ». Par exemple, en cuisinant des muffins, les élèves en apprennent davantage sur la transformation de la matière lorsque le mélange passe de la phase liquide à solide par l’action de la chaleur. En intégrant des ateliers culinaires dans le curriculum scolaire, les élèves auraient l'occasion de mettre en pratique certaines notions apprises en classe.

À l’école primaire, les enfants pourraient apprendre les bases de la cuisine telles que : connaître les instruments utilisés en cuisine, connaître les aliments et leurs propriétés, apprendre à exécuter des recettes simples et apprendre à cultiver des fruits et légumes. Maryse Côté, directrice de l’école primaire Louis-de-France, située à Trois-Rivières, a montré qu’il est possible d’intégrer la culture de fruits et de légumes aux matières scolaires grâce à son projet AgrÉcole [6]. Brièvement, dans le cadre de ce projet, les élèves ont planté des semis de fruits et de légumes autour de leur école pour ensuite les récolter, les cuisiner et les distribuer dans leur communauté. Cette école offre maintenant des services d’intégration de projets agroalimentaires auprès des écoles intéressées.

Au secondaire, l’ajout de notions reliées aux contraintes monétaires et nutritionnelles pourrait être intéressant. Avoir la capacité de faire une épicerie qui contient des aliments sains tout en respectant des restrictions budgétaires pourrait être grandement utile pour les jeunes qui quitteront éventuellement la demeure familiale, surtout en cette période d’inflation alimentaire [7].

Activité culinaire et éducative sur la nutrition

Enfin, il est important de reconsidérer l’intégration de l'éducation culinaire dès le plus jeune âge afin de permettre aux élèves de développer des compétences et des connaissances en matière de nutrition et de cuisine. Cette approche éducative à propos des saines habitudes de vie pourrait avoir un impact positif et significatif sur la santé des générations à venir. Des études seraient nécessaires à ce sujet, et ces dernières devront également évaluer la faisabilité d’implanter ce type de cours dans les établissements québécois, notamment en termes de ressources, d’acceptabilité, et de retombées.

*Les cours d’économie familiale où l’on enseignait, entre autres, les bases de la cuisine étaient obligatoires au secondaire dans les années 1980-1990, mais ils ont été abolis au début des années 2000 et remplacés par des cours qui ne discutent ni de cuisine, ni de nutrition. (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1935166/cours-economie-familiale-ecole-secondaire-archives#:~:text=L'%C3%A9mission%20L'%C3%89picerie%20du,d'%C3%A9conomie%20familiale%20au%20Qu%C3%A9bec)

 

Références

1.     Forgues, Catherine. (2018)  : Influence de la motivation autodéterminée à l’alimentation et à l’activité physique sur la santé d’étudiants universitaires. https://constellation.uqac.ca/id/eprint/4709/1/Forgues_uqac_0862N_10492.pdf

2.     Sheldon KM, Ryan R, Reis HT: What makes for a good day? Competenceand autonomy in the day and in the person. Personality and SocialPsychology Bulletin 1996, 22:1270-1279

3.     Éducation Loisir et Sport Québec. (24 août 2009) : Progression des apprentissages Science et technologie. http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/education/jeunes/pfeq/PDA_PFEQ_science-technologie-primaire_2009.pdf?fbclid=IwAR0blh0gOBt6qKoU_zqn_L6zLCgJWtLKfjuTFHFmuPfoh5kUj1EOmxb9jBk

4.     Éducation Loisir et Sport Québec. (22 août 2011) : Progression des apprentissages au secondaire Science et technologie 1er cycle, Science et technologie 2e cycle Science et technologie de l’envirionnement. http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/education/jeunes/pfeq/PDA_PFEQ_science-technologie-secondaire_2011.pdf?fbclid=IwAR3rwEnVl8iS4BAi2vOVeHIoJZQwEsLiaDo6m5CAVmqAmM6_a1620-EwR8Y

5.     Éducation Loisir et Sport Québec. (20 août 2010) : Progression des apprentissages au secondaire Éducation physique et à la santé. http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/education/jeunes/pfeq/PDA_PFEQ_education-physique-secondaire_2010.pdf

6.     Caridnal, Marie-Josée. (5 Janvier 2021) : Jardinage pédagogique Le projet AgrÉcoles poursuit son déploiement. https://centdegres.ca/ressources/jardinage-pedagogique-le-projet-agrecoles-poursuit-son-deploiement

7.     Fradella, Allyson. (16 novembre 2022): Derrière les chiffres Ce qui cause la hausse des prix des aliments. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/62f0014m/62f0014m2022014-fra.htm

Laurie-Eve Brault

Technicienne en diététique de formation, Laurie-Eve est présentement étudiante au baccalauréat en nutrition à l’Université de Montréal. Elle travaille à l’hôpital du CHU Sainte-Justine dans le département de néonatologie et en nutrition clinique. Ayant toujours voulu travailler avec les enfants, elle compte se bâtir une carrière au sein de cet établissement en se spécialisant dans le volet de l’oncologie. Son intérêt infini envers la nutrition prend son origine de son amour envers la cuisine.

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